Dix-huit mots qu’on rencontre partout autour des bracelets bouddhistes, et qu’on emploie souvent sans les distinguer. Chacun est défini seul, sans qu’il soit besoin de lire le reste.
Sai sin สายสิญจน์
Fil de coton blanc, non teint et filé en trois brins, utilisé dans les cérémonies du bouddhisme theravada. Un moine le noue autour du poignet en récitant des formules en pali. Il se porte jusqu’à ce qu’il tombe de lui-même : le couper est mal vu, car cela interrompt un cycle qui devait s’achever seul.
Phuk khwan
Cérémonie thaïe au cours de laquelle un fil est noué au poignet. Le nom signifie littéralement « attacher le khwan ». Elle accompagne les moments de bascule : départ, mariage, maladie, deuil, inauguration d’une maison. Elle est pratiquée par des moines bouddhistes bien qu’elle soit d’origine pré-bouddhiste.
Khwan
Notion thaïe désignant une essence vitale, distincte de l’âme au sens occidental. On la dit capable de s’écarter du corps lors des grands changements. Elle est antérieure à l’arrivée du bouddhisme en Thaïlande et n’apparaît dans aucun texte du canon pali : c’est une croyance animiste absorbée par la pratique bouddhiste locale.
Theravāda
École du bouddhisme dite « doctrine des anciens », dominante en Thaïlande, en Birmanie, au Sri Lanka, au Laos et au Cambodge. Ses moines portent des robes safran. C’est la tradition dont relèvent le sai sin et les cérémonies de bénédiction au fil de coton.
Vajrayāna
Branche tantrique du bouddhisme, dominante au Tibet, en Mongolie, au Bhoutan et au Ladakh. Ses moines portent des robes bordeaux — une différence de teinture liée aux plantes disponibles localement, pas à un symbole. C’est la tradition du cordon de protection noué par un lama.
Mālā माला
Chapelet servant à compter des récitations. Le mot sanskrit signifie « guirlande ». Le format complet compte 108 perles ; les bracelets en comptent 21, 27 ou 54, des fractions de ce nombre. L’usage n’est pas propre au bouddhisme : l’hindouisme l’employait avant lui.
Sumeru (perle de Meru)
Perle de tête d’un mala, plus grosse que les autres et souvent surmontée d’un pompon. Elle porte le nom du mont Meru, montagne cosmique des cosmologies indiennes. La seule règle d’usage largement partagée entre les écoles la concerne : on ne la franchit pas. Arrivé à elle, on retourne le mala et on repart en sens inverse.
Klesha क्लेश
Affliction mentale, en sanskrit : attachement, aversion, ignorance et leurs déclinaisons. Certaines classifications bouddhistes en dénombrent 108, obtenues en croisant les six sens, trois qualités d’expérience et plusieurs temporalités. C’est l’explication la plus souvent avancée pour le nombre de perles d’un mala.
Mantra मन्त्र
Formule sonore répétée pendant la pratique. Le mot combine en sanskrit une racine signifiant « penser » et un suffixe d’instrument : littéralement, un outil de l’esprit. Sa répétition sert de support d’attention ; le mala permet d’en compter les occurrences sans y penser.
Oṃ maṇi padme hūṃ ཨོཾ་མ་ཎི་པདྨེ་ཧཱུྃ
Mantra à six syllabes associé à Avalokiteśvara — Chenrezi en tibétain —, figure de la compassion. C’est le plus répandu du monde tibétain. Sa traduction est débattue : le rendu courant « le joyau dans le lotus » est contesté par les spécialistes, et beaucoup de traditions considèrent qu’il ne se traduit pas.
Sungdu
Cordon de protection tibétain, noué par un lama après récitation de mantras. Ce n’est pas une amulette autonome : ce qui compte est ce qui a été récité dessus et le lien avec celui qui l’a noué. Souvent rouge, il existe aussi en jaune, orange ou blanc selon l’école et la pratique.
Takrut ตะกรุด
Amulette thaïe consistant en une fine feuille de métal gravée d’inscriptions, puis roulée en petit cylindre. Elle se porte en pendentif, à la ceinture, ou intégrée à un cordon de poignet. On la rencontre fréquemment associée à des bracelets sai sin colorés vendus aux abords des temples.
Jonc
Bracelet rigide et fermé, sans fermoir : il ne se noue pas, il s’enfile par-dessus la main. Le terme appartient au vocabulaire de la bijouterie et n’a aucune origine bouddhiste. Sa rigidité impose de viser plus juste sur la taille qu’avec un cordon ou un fil élastique.
Rudrākṣa रुद्राक्ष
Graine d’un arbre du genre Elaeocarpus, employée pour confectionner des malas. Son usage est d’abord hindou : le nom signifie « œil de Rudra », une forme de Shiva. On la reconnaît à sa surface profondément sillonnée. Elle est également utilisée dans certaines traditions bouddhistes.
Graine de bodhi
Perle issue d’une graine, nommée d’après l’arbre de la Bodhi sous lequel le Bouddha se serait éveillé. Attention à l’ambiguïté commerciale : la plupart des « graines de bodhi » vendues ne proviennent pas du figuier des pagodes mais d’autres espèces, notamment des Ziziphus.
Œil de tigre
Variété de quartz traversée de fibres qui produisent un reflet mobile, appelé chatoiement, se déplaçant quand on tourne la pierre. Ses teintes dorées à brunes viennent de l’oxydation du fer. C’est une description minérale : la pierre n’a aucun statut religieux dans le bouddhisme.
Amitābha अमिताभ
L’un des cinq bouddhas de sagesse, représenté en rouge et associé à la direction ouest et à l’élément feu. Il est la figure centrale du bouddhisme de la Terre pure, très répandu en Chine et au Japon. C’est la principale association du rouge dans l’iconographie bouddhiste — et elle ne concerne pas la protection.
Lithothérapie
Courant occidental apparu au XXᵉ siècle dans la mouvance New Age, qui attribue des propriétés aux pierres et aux couleurs. Il emprunte du vocabulaire à l’Inde et à la Chine mais ne relève d’aucune tradition bouddhiste. C’est de lui que viennent la règle « gauche pour recevoir » et l’idée qu’un bracelet cassé aurait absorbé quelque chose.
Jade
Nom commercial recouvrant deux minéraux distincts : la jadéite et la néphrite. La jadéite, plus rare et plus dure, vient surtout de Birmanie ; la néphrite, plus courante, de Chine, de Russie et de Nouvelle-Zélande. Les deux se vendent sous le même mot « jade », et l’écart de valeur entre elles est considérable.
Pierre de lave
Basalte refroidi rapidement, ce qui lui donne une surface criblée de pores et un aspect mat. Sa porosité explique son usage courant en diffuseur : quelques gouttes d’huile essentielle y restent quelques heures. C’est une roche volcanique ordinaire, sans statut particulier dans le bouddhisme.
Bois de santal
Bois odorant du genre Santalum, employé pour l’encens, les statues et les perles de mala. Le santal blanc d’Inde est aujourd’hui une espèce protégée et son commerce est réglementé : beaucoup de perles vendues comme « santal » sont d’autres bois parfumés artificiellement.
Chatoiement
Effet optique par lequel une bande lumineuse se déplace à la surface d’une pierre quand on la tourne. Il vient de fibres ou d’inclusions parallèles qui réfléchissent la lumière. C’est ce qui caractérise l’œil de tigre, l’œil de faucon et la pierre de lune.
Budai (le « bouddha rieur ») 布袋
Personnage ventru et souriant, souvent pris pour le Bouddha historique. Ce n’en est pas un : Budai est un moine chinois du Xᵉ siècle, associé à l’abondance, que la tradition chan a intégré comme figure de Maitreya. Le Bouddha Siddhārtha Gautama est représenté mince et en méditation.
Nœud sans fin
Motif entrelacé sans début ni fin, l’un des huit symboles de bon augure du bouddhisme. Il figure l’interdépendance de toute chose et l’absence de commencement au cycle des existences. On le rencontre très souvent sur les fermoirs et les breloques de bracelets tibétains.
Dorje (vajra) རྡོ་རྗེ
Sceptre rituel à double extrémité, symbole central du bouddhisme tibétain. Le mot signifie à la fois « diamant » et « foudre » : l’indestructible et l’instantané. Il se tient dans la main droite, associé à la cloche tenue dans la gauche. Il donne son nom au Vajrayāna.
Roue du dharma धर्मचक्र
Roue à huit rayons, symbole le plus ancien du bouddhisme, antérieur aux représentations figurées du Bouddha. Les huit rayons correspondent au noble sentier octuple. La mettre en mouvement désigne l’acte d’enseigner : on parle du « premier tour de roue » pour le premier sermon.
Lotus पद्म
Fleur poussant dans la vase et s’ouvrant à la surface sans en garder de trace — d’où sa valeur d’image de l’éveil issu du monde ordinaire. Sa couleur porte un sens : le blanc pour la pureté, le rouge pour la compassion, le bleu pour la sagesse.
Moulin à prières
Cylindre contenant des rouleaux de mantras imprimés, que l’on fait tourner dans le sens des aiguilles d’une montre. Le geste vaut récitation : un moulin contenant mille copies d’un mantra équivaut, dans la tradition, à mille récitations par tour.
Cordon élastique
Fil composé d’une âme élastomère gainée de fibres, sur lequel sont enfilées les perles de la plupart des bracelets. C’est la pièce qui lâche : il perd son élasticité en 12 à 24 mois, plus vite avec l’eau chaude, les corps gras et les UV. Doubler le fil allonge nettement sa durée de vie.
Tour de poignet
Circonférence du poignet mesurée à l’os, à l’endroit où se porte le bracelet. Elle se distingue de la longueur du bracelet, qui doit lui être supérieure de 1 à 2 cm pour un porté souple. Confondre les deux est la cause la plus fréquente d’un bracelet trop juste.
Pour aller plus loin
Le carnet reprend plusieurs de ces termes en détail : le sai sin, les 108 perles du mala, les trois fils rouges.
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